Le travail à distance s’est démocratisé dans toutes les strates de l’entreprise. Pour les étudiants en contrat d’apprentissage ou de professionnalisation, la question de l’alternance en télétravail se pose régulièrement. Entre les exigences pédagogiques du CFA et les besoins de formation pratique, le cadre demande une attention particulière. Voici comment concilier montée en compétences et flexibilité géographique dans le respect de la législation.
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Le cadre légal : quels sont les droits de l’alternant ?
L’alternant est un salarié à part entière de l’entreprise. Il bénéficie des mêmes droits et obligations que ses collègues. Cette égalité de traitement constitue le socle juridique permettant d’envisager le télétravail.
L’égalité de traitement entre alternants et salariés
Le Code du travail est clair : l’apprenti bénéficie des dispositions applicables à l’ensemble des salariés, tant qu’elles ne contredisent pas l’objet de son contrat. Si l’entreprise possède une charte de télétravail ou un accord collectif, l’alternant peut y prétendre si ses missions sont réalisables à distance. L’employeur ne peut pas exclure les alternants du dispositif sans une justification objective liée à la nature des tâches ou à la nécessité d’un encadrement physique constant.
Les articles L.1222-11 et L.5213-6 du Code du travail
Deux articles encadrent des situations spécifiques applicables aux alternants :
- L’article L.1222-11 : Il concerne les circonstances exceptionnelles comme une menace d’épidémie, un cas de force majeure ou des grèves massives. Le télétravail devient alors un aménagement nécessaire pour assurer la continuité de l’activité et protéger les salariés.
- L’article L.5213-6 : Cet article oblige l’employeur à prendre des mesures appropriées pour les travailleurs en situation de handicap. Le télétravail peut constituer un aménagement raisonnable pour faciliter le maintien dans l’emploi d’un alternant bénéficiant d’une RQTH.
Les 5 étapes pour mettre en place le télétravail en alternance
Le passage au mode hybride demande une procédure structurée pour rassurer l’employeur et l’école.
1. Vérifier l’éligibilité du poste et des missions
Certains métiers, comme la cuisine ou la maintenance industrielle, exigent une présence physique. La première étape consiste à lister les tâches réalisables via des outils numériques, comme la rédaction de rapports ou la gestion de projets. Si la majorité de vos missions sont dématérialisables, le poste est considéré comme compatible avec le télétravail.
2. Obtenir l’accord formel de l’employeur et du tuteur
Le télétravail nécessite l’accord de la direction et, surtout, du maître d’apprentissage. Ce dernier garantit la qualité de votre formation pratique. Une discussion ouverte sur les modalités de suivi à distance permet de lever les craintes liées à la transmission du savoir-faire.
3. Formaliser l’accord par un écrit
Bien que la loi n’impose plus systématiquement un avenant au contrat pour le télétravail régulier, il est recommandé de formaliser les modalités par écrit. Un mail de confirmation ou un document signé doit préciser :
- Le nombre de jours télétravaillés par semaine.
- Les plages horaires de disponibilité.
- Le matériel mis à disposition (ordinateur, accès VPN).
- La durée de la période de test.
4. Informer le Centre de Formation (CFA)
Le CFA doit connaître l’organisation de l’alternant pour s’assurer que le télétravail ne nuit pas à la progression pédagogique. Dans certains cas, le livret d’apprentissage doit mentionner ces modalités pour permettre l’organisation des visites de suivi du tuteur pédagogique.
5. Organiser le suivi et le reporting
L’alternant doit prouver l’efficacité du télétravail par un reporting régulier. L’utilisation d’outils de gestion comme Trello, Notion ou Slack rend le travail visible. Un point hebdomadaire en visioconférence avec le tuteur permet de valider les missions réalisées et d’ajuster les objectifs.
Les spécificités du temps de formation et du suivi pédagogique
Il est nécessaire de distinguer le temps en entreprise du temps en formation, car les règles diffèrent selon le lieu d’activité.
Le télétravail ne concerne pas les cours au CFA
Sauf dispositif spécifique de formation à distance (FOAD) validé par l’école, le télétravail ne s’applique qu’aux périodes en entreprise. Un alternant ne peut pas décider de rester chez lui durant une semaine de cours. Le CFA reste souverain sur son mode d’enseignement. L’assiduité demeure une condition obligatoire pour le maintien du contrat d’alternance.
L’accompagnement du tuteur à distance
Le rôle du tuteur est de maintenir une présence virtuelle constante. L’accompagnement doit être renforcé lors des journées à domicile par des consignes claires et une disponibilité sur les messageries instantanées. Le tuteur veille à ce que l’alternant s’imprègne de la culture d’entreprise malgré la distance.
| Situation | Possibilité de télétravail | Condition majeure |
|---|---|---|
| Télétravail régulier | Oui | Accord tuteur + poste compatible |
| Télétravail ponctuel (grève, etc.) | Oui | Autorisation managériale immédiate |
| Temps de formation (CFA) | Non (sauf FOAD) | Respect du règlement intérieur de l’école |
| Alternant mineur | Rare / Déconseillé | Besoin d’encadrement physique accru |
Réussir son organisation hybride : conseils pratiques
Travailler depuis chez soi demande une discipline particulière. La réussite du dispositif repose sur votre capacité à maintenir un niveau de professionnalisme constant.
Aménager un environnement propice à la concentration
Il est nécessaire de délimiter physiquement votre espace de travail. Créer une bulle de productivité permet de signaler à votre entourage, et à votre cerveau, que vous êtes en mode entreprise. Cet espace dédié favorise l’immersion nécessaire pour traiter des dossiers complexes tout en préservant votre équilibre personnel.
Maintenir le lien social et la culture d’entreprise
L’apprentissage repose en partie sur l’observation informelle des collègues. Il est conseillé de limiter le télétravail à 1 ou 2 jours par semaine pour conserver une présence physique majoritaire. Cette immersion est vitale pour construire votre réseau interne et comprendre les codes de l’organisation.
Gérer le refus de l’employeur avec professionnalisme
Si votre employeur refuse votre demande, il doit motiver sa décision. Les motifs peuvent inclure un besoin d’encadrement rapproché ou une phase d’intégration en cours. Ne voyez pas ce refus comme une sanction, mais comme une étape pour discuter de vos axes de progression. Vous pouvez proposer une mise en place progressive pour démontrer votre autonomie et votre fiabilité sur le long terme.
En résumé, l’alternance en télétravail est une opportunité moderne qui exige une grande maturité. En respectant le cadre légal, en communiquant de manière transparente avec votre tuteur et en restant rigoureux dans votre organisation, vous prouverez que la distance n’est pas un frein à l’excellence de votre formation.




